internes en médecine

Maltraitance et Dépression des Internes

 

 

Group of young happy medical students boys and girls together on hospital university campus

 

Des étudiants en médecine souriants et heureux…..belle utopie !!!  

En effet, selon une enquête menée par quatre syndicats d’étudiants en médecine dont l’ISNI, l’Inter Syndicat National des Internes, 66% des futurs et jeunes médecins souffriraient d’anxiété. De même ils seraient près de 28% atteints de troubles dépressifs contre 10% des français. Humiliations, déshumanisation, exploitation des internes à l’hôpital, certains chefs de service reconnaissent parfois sous-évaluer le phénomène de la souffrance des étudiants en santé. Dans le monde hospitalo-universitaire, beaucoup plus sensible depuis quelques années à la question des risques psychosociaux, sur fond de médiatisation des cas de suicide de praticiens et de la souffrance des personnels médicaux, ces résultats étonnent à peine.

Quelques 22 000 futurs et jeunes médecins ont répondu au questionnaire, dont 20% d’étudiants de deuxième et troisième année, 40% d’externes et 35% d’internes. Parmi eux, près de 24% déclarent avoir déjà eu des « idées suicidaires »…. Comment expliquer cette prévalence ? Si la rencontre avec la réalité de la maladie, ainsi que la difficile préparation du concours d’internat à la fin de la sixième année, expliquent en partie les difficultés pour les plus jeunes étudiants et les externes, les internes sont « une population particulièrement vulnérable car ils passent bien souvent , en l’espace de 24 heures et sans préparation, du statut d’étudiant externe à celui d’interne quasi responsable de la vie ou de la mort des patients » selon Patrick Hardy. Le tout avec des horaires à rallonge, malgré un plafonnement théorique du temps de travail à l’hôpital (48 heures par semaine), souvent non respecté. Un tiers des internes et apparentés chefs de clinique, qui sont à temps plein à l’hôpital effectue plus de 60 heures, repos de sécurité non respectés. Alors qu’ils tombent de fatigue, ces jeunes médecins risquent de faire des erreurs. Ils craquent d’autant plus facilement qu’ils sont confrontés tous les jours à la souffrance et à la mort. De plus, dans ce huis clos très hiérarchisé qu’est l’hôpital, nombre d’entre eux subissent des violences psychologiques : seuls 42.30% disent y avoir échappé, et 10.8% en vivent « souvent » ou « très souvent ». Mais la plupart n’osent pas en parler, regrette Leslie Grichy, vice-présidente de l’ISNI, qui connait bien la question, puisqu’elle a participé à la création de la cellule d’écoute des internes des hôpitaux de Paris, en février 2015. « C‘est tabou. Les internes qui m’appelaient étaient convaincus d’être les seuls à ne pas aller bien et donc d’être de mauvais médecins ». En plus de cette forte charge de travail, le fait de se sentir seul face aux difficultés, sans soutien des pairs ou de la hiérarchie, est le « facteur de risque qui ressort le plus de notre étude » commente t’elle . « Nous sommes une population à risques, car les conditions sont difficiles, mais la situation s’est détériorée pour des raisons financières« , notamment la réduction des effectifs de soignants. Pour les futurs et jeunes praticiens, la découverte de l’hôpital est encore souvent celle d’un monde où le médecin peut difficilement montrer un signe de faiblesse, « où ceux qui souffrent se taisent », craignant que cela fasse d’eux de mauvais médecins. Parmi les principales propositions présentes à la fin de l’enquête figure la mise en place de « temps d’échanges réguliers » pour parler de son mal être et prévenir les risques psychosociaux. La « stratégie nationale d’amélioration de la qualité de vie au travail » à l’hôpital annoncée par l’ex-ministre de la santé, Marisol Touraine, en décembre 2016, évoquait elle aussi le renforcement « des réunions d’équipe » et la mise en place de « dispositifs d’écoute offrant un soutien psychologique ». Des dispositifs d’alerte et de soutien qui existent aujourd’hui dans de nombreuses facultés de médecine, mais qui continuent à manquer au sein des hôpitaux, que fréquentent quasi exclusivement les jeunes médecins dès leur accès à l’internat. Un plan qui cependant pourrait vite montrer ses limites au regard de l’impact des économies demandées chaque année dans ce secteur !!!

Cette maltraitance au cœur d’un lieu pourtant consacré aux soins, est le sujet du livre de Valérie Auslender, médecin généraliste attachée à Sciences Po, « Omerta à l’Hôpital » paru en mars dernier. 

La formation des soignants à l’hôpital peut parfois ressembler à une « descente aux enfers ». Ils exposent dans ce livre la façon dont ils ont pu se voir interdire d’aller aux toilettes, de s’asseoir ou de déjeuner, comment ils ont été victimes de harcèlement moral, d’abus de pouvoir, de violences verbales ou physiques, en encore de sexisme. « Les violences en stage, on n’en parle même plus après quelques années, çà fait partie du tout, du pack « études de médecine » et de toutes les épreuves que çà comprend » témoigne une interne en médecine, qui dénonce les « violences gratuites » exercées par la hiérarchie. Bien sûr, tous les étudiants en santé n’ont pas été confrontés à de telles situations de souffrance, aiguës et destructrices. « Ces témoignages ne peuvent avoir de valeur généralisatrice, mais ils sont symptomatiques de la souffrance des soignants due à la dégradation de leurs conditions de travail » explique Valérie Auslender.

En cause, un « manque de formation des tuteurs de stage dans les hôpitaux » selon Clément Gauthier, président de la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers. « Consacrer du temps aux stagiaires, peut être considéré comme de l’énergie perdue dans des équipes qui en manquent déjà » commente Bénédicte Lombart, infirmière, cadre de santé et docteure en philosophie pratique et éthique hospitalière. « L’internat repose beaucoup sur le compagnonnage et le donnant-donnant, affirme Olivier Le Pennetier, président de l’Inter Syndicat National des Internes. Ceux qui peuvent exercer ces pressions psychologiques sont aussi ceux qui vont leur apprendre leur métier ». Reste qu’il n’est pas toujours facile pour l’étudiant de témoigner, quand les équipes encadrantes sont celles qui doivent valider, à la fin du stage, les compétences acquises ….

Une enquête sur l’état de santé des étudiants et jeunes médecins publiée par le Conseil National de l’Ordre des Médecins, en juin 2016, a permis de révéler une partie de l’ampleur du problème côté internes. Sur 4000 internes, près d’un quart jugeait leur état de santé mauvais ou moyen, et 14% reconnaissaient avoir déjà eu des pensées suicidaires !!!

« La bonne nouvelle, c’est que l’on parle plus qu’avant de la qualité de vie au travail » assure le docteur Rémi Salomon, chargé de cette question au sein de la commission médicale d’établissement de l’APHP. Parmi les pistes d’amélioration envisagées, il estime qu' »il faudrait que les chefs de service aient une formation au management au moment de leur nomination ».

Docteur Jean-Luc Dubois-Randé, cardiologue, doyen de la Faculté de médecine de Créteil et président de la conférence des doyens en médecine, explique que « la prise en compte de la souffrance au travail des médecins arrive enfin sur la scène. Il existe peu de lieux d’échanges en dehors de la classique médecine du travail. Un certain nombre d’instances locales se développent mais cela reste encore à ses débuts. Au niveau des doyens qui sont confrontés à ces souffrances révélées avec des formes multiples, l’attention est maximum. Même si la prise de conscience est dorénavant collective, lever l’omerta sur cette situation est un objectif majeur. Il occupe autant le corps médical que les directions. Au-delà des sanctions envers ceux qui humilient ou harcèlent, une des réponses est d’avoir les retours des étudiants, dans des lieux d’échanges adaptés, sous couvert d’anonymat s’il le faut, avec  l’écoute de personnes compétentes et aptes à prévoir des actions concrètes ».

Un long parcours à suivre …..